Histoire

LA GENÈSE DU SAUTERNAIS

Le Château Lafaurie-Peyraguey est un domaine viticole situé au coeur du sauternais sur les hauteurs du village de Bommes.

Les mérites de son vin blanc liquoreux ont été reconnus dès le classement de 1855, au sein duquel il figure depuis au rang des premiers crus classés de Sauternes. Mais en vérité, les origines du Château Lafaurie-Peyraguey sont beaucoup plus anciennes.

Les plus vieilles pierres du Château Lafaurie-Peyraguey, extraites des carrières du Ciron, toutes proches, dateraient du 13ème siècle.

Le premier propriétaire connu est le Sieur Raymond Peyraguey, installé à Bommes en 1618. C'est un « bourgeois rural », comme aime bien l'appeler l'historien Coudroy de Lille, qui précise qu'il fait partie de ceux qui ont tenté, dès le 17ème siècle, « la grande aventure des vins, sinon liquoreux, tout au moins au goût sucré ». Autour du domaine, les terres appartiennent à d'autres « aventuriers du vin » comme Peyraguey, mais aussi à des maisons nobles, des financiers, des magistrats, des avocats et de riches bourgeois qui ont tous participé à la création puis à l'essor de ce vignoble sauternais.

1742

La deuxième naissance de Lafaurie-Peyraguey a lieu le 17 juillet 1742, lorsque le Baron de Pichard achète le vignoble par devant Me Lubos, notaire à Fargues. Pierre de Pichard, Baron des Saucats, faisait partie de l'opulente noblesse terrienne, mais aussi de robe, puisqu'il fut conseiller au Parlement de Bordeaux et propriétaire de nombreux domaines dont les vignobles prestigieux de Lafite à Pauillac et Coutet à Barsac. Pichard doit être considéré comme le fondateur du domaine, c'est-à-dire celui qui eut le premier l'intuition de créer ici un vignoble de rapport, selon une culture méthodique, des installations adaptées et des investissements appropriés. À sa mort, 'inventaire fera apparaître l'existence d'un vignoble de près de 30 hectares en production, d'un chai comportant 5 pressoirs, deux cuves et de nombreux « vaisseaux vinaires ».

1794

Pichard fut guillotiné en 1794. Ses propriétés furent confisquées et classées chacune comme « bien national ». Peyraguey, devenu Pichard-Peyraguey selon l'ancienne coutume, n'échappa pas au lot commun : le vignoble fut affermé au dénommé Vignon, vigneron local, pour le prix de 21 quintaux de seigle.

Deux ans plus tard, le 22 juin 1796, la République met en vente « le domaine appelé Peyraguey et ses dépendances ». Il est acheté par M. Lafaurie, habitant de Preignac. L'acte notarié rapporte qu'il paya la propriété 79 500 francs, dont seulement 16 500 francs pour les bâtiments qui sont pourtant conséquents. Sous l'influence de M. Lafaurie, la qualité et l'image du vin remontèrent vers les sommets et paraît-il que le roi Alphonse XII d'Espagne fit de Peyraguey son vin de prédilection. Lafaurie fit don de Peyraguey à ses deux fils en 1837.

1855

En 1855, lors du classement des Vins de Bordeaux — immuable hiérarchie des grands crus du Médoc et du sauternais — fut adjoint au premier rang le Château Haut-Brion, seul vin des Graves alors retenu. Soixante crus du Médoc furent aussi classés par les courtiers de Bordeaux de même que 21 crus du sauternais.

Ces derniers ont été répartis en trois catégories : un premier cru supérieur (le Château d'Yquem), les premiers crus et les seconds. Lafaurie arriva au deuxième rang au sein de la liste des neuf premiers crus classés sauternais.

1865

En 1865, la veuve Lafaurie vendait la propriété au Comte Duchâtel, propriétaire du Château Lagrange à Saint-Julien. Le vignoble s'étendait alors sur 27 hectares et une énergique politique d'investissement allait être menée par le propriétaire.

L'embellie commerciale que vivaient alors les vins de Sauternes permit au Comte Duchâtel de rénover et de moderniser Lafaurie-Peyraguey. Entre 1860 et 1870, un gigantesque chantier transforma le bâtiment, le style architectural actuel est d'ailleurs issu de ces travaux. Le porche d'entrée — datant du 13ème siècle et considéré comme le plus vieux monument de la commune de Bommes — a alors été préservé et consolidé. Le Château ainsi que les bâtiments d'exploitation qui l'entourent furent rénovés avec soin.

Charles Duchatel, ancien ministre de l'intérieur du roi Louis Philippe puis membre de l'Institut, mourut en 1878. Sa petite-fille, Charlotte de Trémoille, hérita de Lafaurie-Peyraguey sous la tutelle de son père, le Duc Louis de Trémoille, gendre de Duchatel.

En 1879, le domaine est vendu aux enchères à la société de commerce de vins fins Farinel et Grédy, deux négociants installés à Bordeaux sur les quais des Chartrons. Après avoir essuyé les plâtres de l'invasion du vignoble bordelais par le phylloxéra dès 1880 puis du mildiou en 1882, ils durent faire face à une crise importante qui dura une trentaine d'années, ce qui eut raison de leur enthousiasme initial.

1917

C'est au cours de l'été 1917 qu'un négociant lorrain, Désiré Cordier, achète le Château Lafaurie-Peyraguey. Entre 1917 et 1919, Désiré Cordier se porte acquéreur d'autres propriétés de grand renom dans le bordelais dont le Château Gruaud-Larose et le Château Talbot. Après la guerre, Cordier installe à Bordeaux une maison de commerce qui porte encore aujourd'hui son nom. Cette maison assurera en exclusivité la distribution des vins du Château Lafaurie-Peyraguey pendant plus de 80 ans. En 1984, l'ensemble du groupe Cordier est vendu au groupe Suez.

1998

De 1998 à 2004, un ambitieux programme de rénovation a réhabilité l'ensemble des installations, chais et Château. Les bâtiments techniques ont été entièrement rénovés et mis en conformité avec les nouvelles contraintes réglementaires et environnementales. Les chais entièrement climatisés et l'hygrométrie contrôlée autorisent un élevage du Grand Vin dans des conditions optimales.

Le Château a maintenant retrouvé son lustre et est aujourd'hui en mesure d'y recevoir les amateurs dans les meilleures conditions et dans le plus grand confort.